Medecins du monde

Portrait de migrants : Shani et Medo

Shani, 30 ans, Ethiopienne

Shani est âgée de 30 ans, originaire d’Ethiopie. Elle et sa famille ont longtemps été harcelées par l’Etat à cause de motifs politiques, ce qui l’a poussée à fuir son pays avec pour première destination le Yémen, où Shani s’est installée, a travaillé comme baby-sitter et a épousé son mari, Medo, qui lui aussi était d’origine éthiopienne. Malgré cet exil, les menaces de mort envers son mari, qui était activiste politique, et le harcèlement psychologique permanent à son égard (elle recevait régulièrement des coups de téléphone lui laissant entendre les hurlements de son frère torturé en Ethiopie) les ont poursuivis jusqu’au Yémen, ce qui l’a finalement conduite à s’exiler encore ; cette fois vers la Tunisie.

Ayant pris la voie terrestre, Shani est entrée en Tunisie en traversant la Libye. L’hostilité du trajet lui a coûté sa grossesse de 5 mois : en arrivant en Tunisie, Shani a fait une fausse couche et a perdu ce qui représentait pour elle une lueur d’espoir dans sa vie. Avec l’aide du Croissant Rouge, elle a été hébergée dans l’un des foyers sous la tutelle de l’institution, et touchait une pension mensuelle de 100 dinars.

Pendant un an et huit mois, Shani s’est retrouvée seule et maltraitée dans une société avec laquelle elle ne pouvait que très peu communiquer. Loin de sa famille, de laquelle elle ne recevait aucune information, de Medo qui devait la rejoindre quelques mois après son départ en Tunisie, mais qui a été pris en otage en Libye, prisonnière du deuil non résolu d’une grossesse et d’un bébé qui avaient été profondément investis sur le plan affectif, Shani a plongé dans un éTAT anxio-dépressif profond ; elle présentait des troubles de sommeil, une irritabilité de l’humeur, un repli social, et un sentiment de méfiance envers l’environnement externe. Son seul souci était de reprendre contact avec son mari et de le rejoindre.

Shani a bénéficié de séances d’accompagnement psychologique avec la psychologue de MdM, durant un mois. Elle a ainsi pu réguler son sommeil, et a progressivement réussi à s’adapter à son environnement. Puis, elle s’est spontanément arrêtée de poursuivre ses consulTATions psychologiques et des associations amies nous ont informés qu’elle a été vue aux frontières tuniso-libyennes.

Apparemment ses inquiétudes au sujet de son mari étaient tellement puissantes que Shani a préféré le rejoindre…

Cette rencontre mensuelle autour de mots vous invite à dresser ce portrait avec d’autres moyens. Envoyez nous vos créations (musique, dessin, création…). #BribesDeVies #PortraitsDeMigrants #MdM

root